Et si le « développement durable » était la mauvaise idée du siècle ?

L’intuition n’était pas forcément mauvaise. Au départ. Il fallait faire entrer l’écologie dans la grammaire des politiques publiques.Le rapport Bruntland s’y employa en définissant le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Ce jalon historique est aujourd’hui dépassé.

Car deux décennies plus tard, nous vivons à l’ère du capitalisme vert. Le développement durable n’est plus une protection contre la prédation de la planète. Il cautionne le produire plus, le consommer plus. Et se décline en oxymores: croissance verte, automobile verte, plans de relance verts, tourisme vert, hi-fi verte... Le développement durable est devenu un euphémisme, une formule de politesse. Une (bonne) manière de ne pas trop déranger. Et le moyen de mettre en apparence tout le monde d’accord : ouvrier, grand patron, actionnaire de l’industrie nucléaire, chômeur, consommateur, commis de l’Etat…même combat ! Pas de temps pour les désaccords quand l’enjeu est de sauver la planète.

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T-shirts Gucci à l'effigie du film Home de Yan Arthus-Bertrand.

« Le développement durable repose sur trois piliers : l’économique, le social et l’écologique » nous expliquent ministres et responsables d’organisations internationales. L’important, à les entendre, c’est le lien entre ces trois composantes, l’harmonie entre ces trois pôles. Difficile dans ce cadre de remettre en cause le fonctionnement de l’économie, ou de discuter de l’organisation sociale. Ça, ce serait la discorde.

En fait, en vingt ans le développement durable a subrepticement changé de sens. Aujourd’hui il pourrait se définir comme « petite ritournelle chuchotée aux oreilles du monde. Parle d’écologie sans trop faire vert. Ménage la croissance sans s’abîmer dans le productivisme débridé. Crée l’illusion que gouvernements, entreprises, syndicats, ONG et organisations de consommateurs sont d’accord ». C’est bien là le problème. L’installation durable des questions environnementales dans le débat public se construit sur la dépolitisation de l’écologie.

Plus on parle de développement durable, et moins on parle de « modèle » et d’ « efficacité énergétique », de politiques de la mobilité, de déchets, d’externalités négatives, de mondialisation, d’inégalités sociales, de fiscalité et de régulation. Ce sont des mots austères. Et des questions qui fâchent : pour ou contre les nouvelles autoroutes ? Les 2 x 2 voies ? Les aéroports ? Le chauffage électrique ? Le tourisme de masse, et son corolaire, le charter ? Vous êtes plutôt centrales à gaz, EPR, poêle à granulés ou pompe de chaleur ? Plutôt bonus-malus ou prime à la casse ? Combien de grammes de C02 acceptez-vous de trouver dans votre steack ?

Les slogans entaillent l’épaisseur du monde, les faux consensus étouffent la démocratie. C’est de là que part ce blog : on n’en peut plus de l’hypocrisie qui règne autour de la croissance verte. Et des mille diversions que charrient le développement durable. Pendant qu’on se brosse les dents, on ferme nos robinets, bien sûr… Mais pendant qu’on se brosse les dents, Total continue à forer, Areva à radio-activer, Airbus à construire des avions toujours plus gros.

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Par ce blog, nous partons en guerre contre les faux consensus. Il y aura du sérieux et du festif, des rapports touffus et des blagues, des coups de gueule et des infos, des outils de campagne, et même parfois, des tentatives littéraires. A tou-te-s celles et ceux qui souhaitent nous rejoindre, venez blogger avec nous ! Nous sommes sans nouvelle du politburo. La révolution écologique sera démocratique ou s’éteindra.

Fini de rigoler. Dans six mois, c’est le sommet du climat à Copenhague. Le développement durable est mort. Vive les luttes climatiques !

Comité invisible du climat