« Ya Basta ! » Retour sur la révolte des Indiens de l’Amazonie péruvienne

Il y a un mois environ, des échos de lutte sanglante nous provenaient du fin fond de l’Amazonie, du Pérou plus précisément. Par bribes. A lire les rares infos disponibles, on avait du mal à se figurer ce qui s’y passait exactement. Quelques tribus indiennes s’étaient révoltées contre l’avancée toujours plus marquée d’entreprises privées (parrainées par le gouvernement), souvent étrangères, dans leurs territoires ancestraux.
Après un massacre aux contours plutôt flous (voir cet article de rue 89 & cet autre du même Rue 89 revenant en images sur l’affrontement), les policiers matraquant avec une ardeur sanglante (on parle de 60 morts chez les indiens, beaucoup moins selon le gouvernement) et les indiens répliquant sans faire dans la dentelle (24 policiers tués dont certains alors qu’ils étaient retenus prisonniers), le gouvernement très réactionnaire d’Alan Garcia serait quelque peu revenu sur les concessions accordées aux entreprises étrangères. Voire, champagne !, aurait fait marche arrière sur la question, acceptant d’abroger les deux décrets les plus polémiques et éco-destructeurs.
En temps normal, on n’entend pas vraiment parler de ce genre de mouvements : que voulez-vous, les indiens d’Amazonie n’ont pas le charisme des combattants du Chiapas (aucune cagoule à se mettre sous la dent), et surtout, assez peu de moyens pour faire entendre leurs voix. Cette fois-ci, les événements ont basculé dans la violence, il y a eu des morts et des combats médiatico-croustillants (notamment la mise à mort rituelle de policiers capturés) et ça a généré quelques éclairages de l’actualité. Mais personne n’a semble-t-il cherché à faire entrer dans une perspective élargie la rébellion de ces tribus indiennes du nord-est péruviens. Et pourtant, leur action s’inscrit dans un mouvement d’ordre beaucoup plus global qui a vu depuis une cinquantaine d’années les communautés indiennes de toute l’Amérique du Sud aiguiser leurs revendications, refuser le statu quo raciste d’antan et bousculer une ségrégation qui sévissait depuis très longtemps.
Publié le vendredi, 3 juillet 2009, par nicolas dans la catégorie : There will be blood - Lien permanent