Copenhague (3) : Pour ou contre la Cop15?
C’est la grande question du moment chez les activistes du climat: en finir avec le cycle actuel de négociations de l’ONU, ou pas ? Faut-il bloquer la COP 15 (« Conférence des parties ») qui se tiendra en décembre pour donner une suite au protocole de Kyoto comme l’on voulut bloquer les G8, le FMI et l’OMC dans les années 90 et 2000 ? Le sommet du climat de décembre et le processus qui l’accompagne sont-ils aussi nuisibles que la libéralisation à tout crin du commerce et les plans d’ajustements structurels des pays en développement ?
Au départ pour beaucoup, l’analogie entre le protocole de Kyoto et ces institutions internationales décriées n’est pas évidente. Contrairement à l’OMC et au FMI, le but affiché de la convention de l’ONU sur le climat paraissait bon, nécessaire, essentiel : réduire les désordres climatiques. Au fil des ans, et de l’invention d’un dispositif politico-scientifique inédit –notamment avec le Giec- la question climatique se trouve une place dans l’espace public mondial. Une certaine pression commence à s’exercer sur les Etats.
Mais depuis la conférence de Bali en 2007, et plus encore depuis le début de l’année 2009, les faibles objectifs de réduction d’émissions des pays développés, l’absence d’engagements financiers clairs des pays occidentaux –et notamment de l’Union européenne- en direction des pays du sud pour leur permettre de s’adapter, les opérations de compensation (« offset ») et les contours pris par la négociation sur la forêt (REDD), qui pour ses détracteurs s’apparente à une privatisation des espaces boisés… les choses ont changé. La perception de la nature et des effets de la négociation de l’Onu s’est dégradée parmi les écologistes. Et le ton s’est durci. En un an, la critique de fond du protocole de Kyoto s’est à la fois renforcée et étendue.
Entrée du Bella Center, siège de la Cop 15 en décembre 2009, Copenhague.
Je me souviens d’une après-midi de débat l’été dernier en Angleterre, lors du Climate action camp près de la centrale électrique de Kingsnorth, à propos de la COP 15 de décembre 2009. Si tout le monde ou presque y critiquait l’échec du protocole de Kyoto à contenir l’émission de gaz à effet de serre, beaucoup hésitaient à adopter le mot d’ordre de blocage de Copenhague. Au nom de la bonne image dont bénéficie le protocole de Kyoto de par le monde (rendant sa critique d’autant plus ardue à faire entendre), au nom de l’absence d’alternative crédible, et de la conclusion qu’aussi insatisfaisant qu’il soit, c’est toujours mieux que rien. C’est ainsi que naît l’idée de bloquer les négociateurs à l’intérieur du sommet jusqu’à ce qu’ils signent un accord à la hauteur des enjeux, plutôt que de les empêcher de se réunir.
Près d’un an plus tard à Copenhague, les positions affichées lors du week-end du CJA se sont raidies. Plus questions de siège pour forcer les négociateurs à parvenir au meilleur texte possible. Le week-end dernier, plus beaucoup de voix ne s’élèvaient pour défendre le processus de l’ONU. Et même si la prudence est de mise entre les membres de ce réseau encore jeune, par peur de se diviser au moment où il est stratégique d’unir ses forces, des militants de Jubilee South et Focus on global south expriment très ouvertement leur rejet du protocole en discussion. A les entendre, plus rien, ou plus grand-chose à en attendre. Implantés en Asie et en Amérique Latine, ces experts activistes dénoncent l’avènement d’un véritable colonialisme du climat. Un point de vue à l’évidence plus partagé au sud qu’au nord de l’hémisphère. , Dix ans après les manifestations contre l’OMC à Seattle en 1999 qui marquèrent l’ouverture d’un cycle politique mondial, celui de l’altermondialisation, le sommet du climat de Copenhague inaugurera-t-il une nouvelle ère, celle d’un mouvement radical du climat ? Les membres du CJA s’y préparent. Avec diplomatie : dans un projet d’adresse au public et de présentation de leur réseau, ils écrivent que «la COP 15 ne résout pas le problème ». Et pour la grande marche en direction du centre de conférence où se tiendra le sommet, les consignes devraient être d’ « avancer aussi loin que possible ». A chacun de s’arrêter là où il l’estime nécessaire.
Publié le mercredi, 24 juin 2009, par jade dans la catégorie : Sur la route de Copenhague - Lien permanent